De l’Engagement Collaborateur au Bonheur au Travail – par Emmanuel Vivier
par: Ophélie

Emmanuel Vivier est cofondateur du HUB Institute sur la base de son ouvrage "le Guide du Futur des RH et du Management" avec Caroline Loisel (Collection HUB Institute chez Eyrolles).

L'extrait que vous allez lire est extrait d'un Livre Blanc où nous avons réunis 7 experts autour du sujet de l'Employee Engagement.

Le désengagement au travail : un phénomène coûteux et important en France

Et le bilan pour les entreprises de l’hexagone est assez dramatique ! Seuls 6% des salariés français sondés en février-mars 2018 s’affirment engagés au travail, c’est-à-dire très impliqués à la tâche et enthousiasmés par leurs missions professionnelles, selon la définition de Gallup2. Ce chiffre était de 9% en 2015… Au regard des 33% de salariés très impliqués aux États-Unis, la France et l’Europe (10%) font bien mauvaise figure. Pire, un Français sur cinq s’estime même totalement désengagé dans son job. Il existe de nombreuses causes à cet état des lieux mais l’on pourra au moins en retenir trois principales :

  • Le désenchantement des cadres face à la fin des promesses du travail dans les grands groupes. Les carrières à vie, les avantages, les CDI protecteurs sont de plus en plus de l’histoire oubliée.
  • Une fatigue et une remise en cause du modèle productiviste : bosser plus en payant plus d’impôt, sans hausse réel du pouvoir d’achat et en polluant la planète ne fait plus rêver… il est temps de consommer mieux et de chercher une meilleure qualité de vie.
  • Une explosion de nouvelles alternatives au CDI, socialement acceptables. Si auparavant le choix raisonnable était un CDI dans un grand groupe, les possibilités sont bien plus nombreuses et en séduisent de plus en plus : Freelance, entrepreneur, startuper,... Dans certaines grandes écoles, 30% des promos sortantes ne candidatent d’ailleurs plus pour un CDI dans une grande entreprise.

De manière on pourrait résumer cette chute de l’engagement à une perte de sens , de motivation et d’intérêt dans un modèle de production, distribution et de consommation de masse qui atteinte fortement ses limites. Et au-delà du souci moral ce désengagement des salariés à un impact économique non négligeable pour les entreprises. En effet selon Gallup, le coût de ce désengagement au travail (absentéisme, turnover, diminution de la qualité du travail, baisse de la satisfaction client…) est estimé à 97 milliards d’euros en France!

Quand les marques essaient de réenchanter l'expérience collaborateur pour un meilleur engagement

Face à la désaffection des jeunes cadres, la démotivation des anciens et l’attractivité des startups ou de leaders digitaux comme Facebook ou Google, une des premières réactions des entreprises traditionnelles est de vouloir donner un coup de jeune à la décoration et pourquoi pas embaucher un “Chief Happiness Officer”. Pourtant l’expérience collaborateur et l’épanouissement au travail sont des notions beaucoup plus riches et subtiles.

L’expérience collaborateur est protéiforme et présente tout au long du parcours professionnel. Elle réunit de nombreux facteurs comme les conditions matérielles, les relations au travail, les aspirations… Elle est impactée par l’adhésion à une vision et une raison d’être claire, à une culture exprimée et réellement pratiquée par l’entreprise, et à des valeurs et des postures.

Les études de psychologie comportementale le montrent : le bien-être repose moins sur un état général que sur des petites séquences, des plaisirs minuscules, des petites victoires, les petits moments de fierté qui donnent du sens à ce que l’on fait ou ce que l’on vit. Les chercheurs Nathalie Bineau et Patrice Bride 1 le synthétisent parfaitement : « Travailler, ce n’est pas seulement exercer un métier, c’est mettre de soi pour faire ce que l’on a à faire : de l’intelligence, des émotions, des convictions. » (Copyright Emmanuel Vivier & Caroline Loisel, Le Guide du Futur des RH et du Management)

Mais depuis quelques années, les entreprises ne cherchent plus seulement à vouloir l’engagement de leurs collaborateurs. Elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir offrir le bonheur ou l’épanouissement au travail, rien que ça. Oubliez le “trepalium”, reliant la notion de travail à celle de souffrance et de pénibilité comme une sorte de fatalité. Avec l’explosion du digital dans le reste du monde, c’est la culture et les usages des startups californiennes qui s’est répandu sur la planète.

Oubliés les contraintes des entreprises traditionnelles de l’ancienne économie : tenue vestimentaire de rigueur, mode d’expression, respect de la hiérarchie, présentéisme, productivité, politique interne, règne de certaines filières ou diplômes…Et ne me parlez-pas de la la QVT, cette « qualité de vie au travail » qui sent bon les années 90. Vive les babyfoots, chief happiness officer, les open spaces, les pauses goûters vegans gratuites, les séances de massages, le everyday casual,...

Pas étonnant donc de voir de nombreuses grandes entreprises s’emparer subitement du sujet du bonheur au travail, par peur panique de voir leur croissance, voire leur existence même remise en cause par l’incapacité à ET à retenir les talents de la nouvelle génération. Pourtant la notion de bonheur au travail est loin d’être une utopie hippie, au contraire. En fait, même les plus capitalistes d’entre nous devraient réaliser que le « happiness at work » est en fait une approche très rentable !

Des salariés heureux au travail, c’est plus de créativité, moins de turn over, moins d’absentéisme et d’accidents, plus de productivité et de profitabilité et même plus de satisfaction client. Si les bénéfices sont clairs, faut-il encore comprendre ce concept de la bonne manière. En effet, beaucoup de nouveaux convertis confondent en fait deux notions : la satisfaction et le bonheur au travail. (Copyright Emmanuel Vivier & Caroline Loisel, Le Guide du Futur des RH et du Management)

Le bonheur est plus que la satisfaction au travail

Selon le modèle de Kahneman, ces deux notions sont très différentes et dépendent de facteurs très différents. L’amélioration du lieu de travail, les avantages financiers et matériels, la bonne organisation, les promotions et évolutions de statut, etc., vont contribuer à la satisfaction des employés. Il s’agit de ce qu’on pense de son emploi. Mais cette satisfaction liée à des aspects rationnels n’est que de courte durée, comme un shoot. Pas étonnant de voir alors les entreprises se plaindre de l’ingratitude de leurs collaborateurs après avoir réaménagé à grands frais leurs locaux.

Il a été aussi démontré que d’un point de vue cérébral, la satisfaction suite à une augmentation de salaire ne dure pas plus de deux semaines ( création de courte durée de dopamine dans le cerveau ). Loin de nous l’idée qu’il faille abandonner ces avantages ; cependant, il ne faut pas croire que ceux-ci suffisent à nous épanouir (Copyright Emmanuel Vivier & Caroline Loisel, Le Guide du Futur des RH et du Management).

Le sentiment de bonheur est quant à lui une émotion, et il ne dépend ni des locaux ni des avantages (sauf si les locaux ou les conditions de travail sont telles qu’elles rendent les gens malheureux). C’est ce que l’on ressent au travail. Il repose essentiellement sur deux facteurs :

  1. La qualité des relations humaines : avoir le sentiment d’appartenir à un groupe qui nous apprécie et avec lequel on a plaisir à travailler (son manager, ses 01 collègues, son entreprise, son écosystème).
  2. Le sens et la reconnaissance de chacun et de ses résultats : cela passe aussi bien par le fait de ressentir le sens et l’impact positif de son travail (à l’opposé des bullshit jobs menant au brown-out), que d’avoir de l’autonomie dans ses tâches, et de voir reconnu de manière juste et sincère le fruit de ses efforts par des feedbacks réguliers. En gros être reconnu pour qui on est, pour son savoir faire, pour ses efforts et ses performances sans oublier le sens de son travail et du métier de l’entreprise. Les RH doivent désormais compter avec des notions d’éthique ou d’impact sur la société et la planète.

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Pour plus de précisions à ce sujet, découvrez en intégralité les conseils de 7 experts que nous avons réunis dans un Livre Blanc.

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